[Ils s’engagent] Sandrine PODOLAK, membre du collectif JNA

Sandrine Podolak est membre du Conseil d’Administration de la JNA et Présidente de l’Association Espace Singulier

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre parcours ? Comment avez-vous créé votre association ?
J’ai une double profession, je suis psychosociologue clinicienne, j’accompagne les professionnels du secteur médico-social et social depuis plusieurs années, notamment sur les questions de maltraitance. Je suis aussi musicothérapeute Dans ce cadre, je me suis retrouvée très vite dans des situations de blocage, car les parents étaient dans un tel état d’épuisement que d’aider l’enfant s’avérait stérile si on n’aidait pas l’adulte à ses côtés.
En 2007, suite à ce constat et à des témoignages de parents-aidants, j’ai créé avec une amie, elle-même professionnelle dans le paramédical, un projet de lieu appelé « chez Eva ». L’objectif était de créer un espace qui articule à la fois un pôle santé et paramédical et un salon de thé, un espace bien-être et une conciergerie sociale, ouvert à tous.
L’inclusion des personnes en situation de handicap et malades était ce qui nous motivait. Notre objectif était de sortir de l’isolement ces personnes mais aussi les familles qui les accompagnent. L’idée est qu’une maman qui amène son enfant pour sa séance de rééducation, puisse pendant ce temps profiter des autres espaces et être en lien avec d’autres gens. Il a été notre projet fondateur, le lieu n’existe toujours pas mais reste notre axe d’action.
Quelles actions avez-vous mis en place pour accompagner les aidants ? Quelles sont les missions de votre association ?
En 2008, nous avons créé l’association sur ce projet, par la mise en place d’un pôle social. Nous ne nous substituons pas à ce qui existe sur les territoires, en revanche il est compliqué pour tous d’avoir accès à l’information. Notre objectif est avant tout de créer du lien et de rompre la solitude de l’aidant et des personnes malades ou en situation de handicap. Nous proposons 3 Relais.
Le 1er est le Relais Ressources. Nous avons mis en place un service dans lequel nous travaillons exclusivement par mail et par téléphone. Les personnes nous appellent lorsqu’elles se trouvent confrontées à un obstacle ou une rupture dans leur parcours et nous trouvons le bon interlocuteur sur le territoire, qui va pouvoir leur apporter la solution et refluidifier leur parcours. Nous créons le lien entre l’aidant et le professionnel concerné sur le territoire. Nous envoyons un mail commun aux deux personnes, le professionnel prend contact avec l’aidant et en général le problème est solutionné très vite. Nous avons aujourd’hui plus de 1 000 interlocuteurs nominatifs sur le territoire, qui relèvent aussi bien des pouvoirs publics que du privé ou des associations. Nous travaillons pour toutes les personnes, quel que soit l’âge, la maladie ou le handicap et nous revendiquons le fait de n’être dans « aucune case ».
Le 2ème est le Relais Mobilité. Nous avons un réseau de bénévoles sur Massy, appelés les
« relayeurs », qui accompagnent des adultes et des enfants à leurs séances de soins ou de rééducation, nous travaillons en partenariat avec des sociétés de taxis.
Le 3ème est le Relais Répit ». Des relayeurs vont de 1 à 4 heures au domicile des personnes pour permettre à l’aidant de respirer.
Les relayeurs sont soit des citoyens que nous formons, soit des anciens professionnels du secteur médico-social qui interviennent dans les situations les plus complexes au domicile.
Comment avez-vous rejoint le conseil d’administration de la JNA ? Quelles actions allez-vous mettre en place à l’occasion de la JNA ?
L’année dernière nous avons organisé notre 1er événement : « Chez Eva, One Day ». Nous avons eu plus de 150 visiteurs. A cette occasion, nous avons rencontré l’association.
Cette année, nous allons organiser notre événement lors de la JNA.Il se déroulera à l’Espace Liberté de Massy. Il y aura un salon de thé avec un espace bien-être, un théâtre forum sur les aidants, un espace créatif avec un atelier d’écriture, d’arts plastiques et une conteuse.
Comme nous tricotons du lien, nous allons confectionner une écharpe. L’année dernière, nous avons tricoté une écharpe de 4m50 et nous espérons battre le record cette année ! L’objectif de cet événement est que les personnes se parlent et se rencontrent.
Avant de démarrer cette journée ouverte au grand public, en matinée, nous aurons la présence du groupement de chefs d’entreprises du nord Essonne (ACE-CEE), qui va faire son rendez-vous mensuel dans notre espace. 70 entreprises au minimum seront présentes. Nous les avons convaincus de faire ce petit-déjeuner sur le thème des aidants salariés.
Pourquoi cette mobilisation autour de la JNA est-elle importante selon vous ?
Ce qui est important lors de cette journée, c’est de sensibiliser à la question des aidants, c’est une vraie question de politique publique. Nous sommes témoins de l’isolement et de la solitude des aidants, que ce soit dans des situations de handicap, de maladie ou de perte d’autonomie. Ne pas se préoccuper des aidants est un mauvais calcul. Je trouve effarant qu’en 2017 on se retrouve encore face à des situations aussi graves, telles que l’isolement ou l’épuisement de l’aidant.
Nous sommes convaincus que pour pouvoir bien aider un proche, il faut bien accompagner l’aidant.
Près de 60% des aidants ne savent pas où s’adresser pour bénéficier des aides auxquelles ils ont droit. Comment expliquez-vous ce chiffre ?
Les informations existent pour les aidants mais elles sont méconnues car elles sont totalement illisibles. Nous le constatons au quotidien. Notre Relais Ressources est de donner de la lisibilité. L’interlocuteur que nous identifions selon la problématique de l’aidant qui appelle, est le professionnel qui va leur expliquer les démarches, c’est très pédagogique. Les aides se font par étape avec à chaque fois le bon interlocuteur spécialisé, cela devient ainsi lisible pour les aidants. Par ailleurs, les professionnels au sein des structures n’ont pas le temps d’expliquer à l’aidant les démarches et se connaissent peu entre eux. Cela crée de l’isolement et l’aidant baisse les bras face à la complexité et l’opacité des structures locales.