[Ils s’engagent] Pascal-Pierre Fau-Prudhomot, membre du Comité Scientifique de la JNA

Docteur Pascal-Pierre Fau-Prudhomot est membre du Comité Scientifique de la JNA & médecin du travail au sein de l’ACMS & épidémiologiste

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre parcours ? En quoi consiste votre métier?
Je suis médecin du travail au sein de l’ACMS, Association des Centres Médicaux et Sociaux, qui est le service inter-entreprises de santé au travail le plus important en nombre de professionnels exerçant sur l’Ile de France. Mon activité de médecin dans un service de santé au travail occupe deux tiers de mon temps, le reste étant consacré à l’activité épidémiologique. La particularité du médecin du travail est qu’il mène des entretiens individuels et qu’il a aussi une action à visée collective au sein de l’entreprise, il est le conseiller des salariés et de l’employeur.
Les travaux en épidémiologie se font soit dans un cadre purement interne à l’association soit dans le cadre de partenariats avec des organismes externes ou avec des structures de recherche comme l’Inserm. L’épidémiologie permet de faire de la quantification dans le temps et dans l’espace de phénomènes de mortalité et plus souvent de morbidité, c’est-à-dire du nombre de personnes souffrant d’une maladie donnée pendant un temps donné.
Mes deux activités sont assez complémentaires dans le sens où elles conjuguent une approche clinique individuelle et une dimension plus collective via l’entreprise et via l’épidémiologie.
Quel regard portez-vous sur les aidants?
Nous avons en consultation des personnes qui occupent tous les postes, tous les métiers. Au cours de l’entretien individuel, nous tentons de déterminer pour ces personnes identifiées comme aidant quel est le rapport entre leur situation d’aidant et leur travail, c’est-à-dire est-ce-que leur travail influe sur leur situation d’aidant ou est-ce-que cette situation influe à l’inverse sur leur travail.
Nous avons mené une enquête ouverte en 2015, intitulée « effets de la situation d’aidants non professionnels sur le travail et la santé ». Nous avons constaté que ces aidants éprouvent des difficultés à concilier vie professionnelle et vie privée pour près de 20% d’entre eux. Un tiers d’entre eux déplorent des accidents de parcours professionnels ou un frein à l’évolution de leur carrière. Enfin, un tiers d’entre eux ont déclaré ne pas pouvoir consulter un professionnel de santé aussi souvent que nécessaire. Leur santé est par conséquent impactée par leur rôle d’aidant.
Quel rôle avez-vous vis-à-vis des aidants? Quelle est votre implication sur ce sujet?
Nous avons des missions d’information et d’accompagnement, c’est-à-dire faire connaître l’ensemble des dispositifs législatifs à disposition des aidants, notamment pour les entreprises qui n’ont pas de service du personnel pouvant les informer sur cette question. La quasi-totalité des personnes que nous recevons en consultation ne connaissent pas l’existence de la loi ASV par exemple.
Nous avons aussi pour mission d’accompagner les aidants, au sein de l’ACMS : des assistantes sociales assistent les aidants dans la constitution des dossiers de demande d’aide ou dans l’orientation des aidants vers des structures qui peuvent les accompagner.
Il reste encore beaucoup de choses à mettre en place au sein des entreprises dans la démarche d’accompagnement des aidants, elles se contentent pour la majeure partie d’entre elles d’appliquer la loi a minima.
Quelle importance accordez-vous à cette mobilisation ?
J’accorde une très grande importance à cette journée. La mobilisation autour des aidants est très récente. La mise en place d’études sur cette question ne date que de quelques années. Le terme aidant est très explicite, on pose un terme sur un état, mais avec un statut non défini précisément.
Près de 60% des aidants ne savent pas où s’adresser pour bénéficier des aides auxquelles ils ont droit. Comment expliquez-vous ce chiffre ?
Ce chiffre ne m’étonne pas du tout. Beaucoup d’aidants sont défaitistes dès le départ, du fait du peu d’aides financières qui leur sont accordées et de la complexité des démarches, beaucoup abandonnent en cours de route et ne demandent pas d’aides. Nous les orientons vers les assistantes sociales car il peut y avoir des aides qui les concernent. Par ailleurs, lorsqu’ils arrivent à une situation de grande fatigue, voire d’épuisement, les aidants s’imaginent mal aller encore passer du temps à chercher l’information et effectuer des démarches de demande d’aide, ils n’ont plus l’énergie pour cela.