[Ils s’engagent] Mélissa Petit, membre du Comité Scientifique de La JNA

Mélissa Petit est membre du Comité Scientifique de la JNA et Docteure en Sociologie

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre parcours ?
Je suis docteure en sociologie. J’ai soutenu ma thèse en 2012, sur le thème de l’organisation du temps des jeunes retraités entre la France et le Québec. Depuis j’ai aussi travaillé sur la thématique des seniors et retraités, de la fin carrière au grand âge. J’ai fondé mon bureau d’étude il y a 2 ans, Mixing Generations. Nous y avons une activité d’études d’une part, d’accompagnement du monde économique pour qu’il s’adapte mieux aux problématiques liées à la longévité et l’avancée en âge, et aussi des actions pour changer le regard sur le vieillissement. Par exemple à la rentrée, nous ouvrirons un blog qui s’intitulera “Asli Magazine”, qui présentera un volet études mais aussi une partie écriture de textes – chroniques des seniors. Dans la même logique, j’ai organisé un “start-up week-end” autour de la thématique seniors. J’ai donc plusieurs casquettes : chercheure, entrepreneure, auteure, et facilitatrice de prises de parole.
En tant qu’auteur j’ai écrit deux livres sur le sujet : “La vie à la retraite mode d’emploi” (Avec Sylvie Lidgi), et “Les Retraités, Cette Richesse pour la France”, qui traite de l’expérience, de la transmission, du partage et du Vivre Ensemble. Car les seniors sont des passeurs de l’expérience et des tisseurs, ils aident à tisser les liens des sociétés. Ils ont un rôle formidable à jouer dans la société actuelle.
Deux éléments très familiaux m’ont amenée sur cette voie : la retraite de ma mère, qui a toujours mis au centre de notre vie les liens intergénérationnels avec ma grand-mère notamment. Ces éléments m’ont été transmis de façon très forte et continue et se sont particulièrement révélés à ma conscience lorsque je suis devenue jeune adulte.
En quoi consiste votre expertise?
Faire des études et comprendre le monde. Aller véritablement au plus proche des attentes et besoins, désirs de la population senior, pour ne pas créer ex-nihilo des services inadaptés à leurs besoins, mais aller vraiment avec eux au plus près de leurs comportements. C’est notamment important pour les start up mais aussi pour les territoires, les entreprises…
Quel regard portez-vous sur les aidants ?
D’un point de vue humain, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que les aidants sont courageux. Je pense que c’est l’adjectif qui leur convient le mieux. Il faut prendre à bras le corps un événement de vie auquel on n’est pas préparé, qu’on n’attend pas, et auquel l’aidé ne s’attendait pas forcément non plus. Les aidants sont aussi des vecteurs d’innovation. Ils sont projetés dans une situation non voulue, et doivent donc apprendre à faire autrement, à expérimenter les solutions pour bien vivre.
D’un point de vue sociologique, sociétal : demain, on peut tous être aidants. Et le fait que chacun puisse être concerné devrait tous nous toucher. On ne met pas assez en lumière le parcours de l’aidant, qui s’intègre dans un parcours de vie. On cloisonne souvent trop l’un et l’autre: vie “normale” d’un côté, “vie d’aidant” de l’autre, alors qu’on devrait les relier… Le processus qui amène à devenir aidant, à se reconnaître en tant que tel, puis parfois à vouloir s’en éloigner… On ne prend pas assez en compte ce parcours, et qu’au-delà de la reconnaissance, on a le droit d’être fatigué, de vouloir dire non, sans que cela signifie qu’on abandonne son proche, qu’on ne l’aime plus..
Quel est le rôle des aidants dans la société ?
Leur rôle est essentiel. Ils portent une charge très pesante. L’Etat se dédouane de beaucoup de sujets et il considère que la société civile, les associations doivent porter les aidants, alors que l’Etat devrait s’impliquer pleinement à leurs côtés et en soutien. Il y a des manques fondamentaux de la solidarité nationale auprès des aidants : le répit, qui n’est pas suffisamment financé, le congé aidant, qui est sans solde, etc…
L’aidant est tellement présent et crucial sur les problématiques de perte d’autonomie lourde des personnes âgées. Il est là quand la situation est extrême, alors que le désengagement de l’Etat dans ces situations est si fort. Les classes moyennes notamment sont très touchées par le fait de devoir parfois arrêter leur emploi, elles sont dans l’impératif de devoir assumer tous les changement profonds induits par la situation d’aide : la question du maintien au domicile, les coûts, par exemple dans l’entrée en EHPAD, etc… Les familles parfois vendent le bien immobilier qu’elles ont remboursé sur des décennies pour financer l’entrée en maison de retraite. Ces situations sont très douloureuses. Bien-sûr aussi se pose la question de la maltraitance, qui très souvent a lieu à domicile. Il y a aussi une maltraitance financière, ces questions sont des tabous à lever : quand un proche maltraite son aidé c’est aussi souvent qu’il ne sait pas faire, car être aidant n’est pas naturel, cela s’apprend, et on doit avoir le droit de dire “je ne sais pas” ou “je ne peux plus”.
Quelle importance accordez-vous à la mobilisation JNA ?
C’est essentiel d’avoir une journée de mobilisation. Surtout que cette journée soit de plus en plus portée et visible. Faire une journée entre soi cela n’a pas vraiment de sens, et cette visibilité de la Journée Nationale des Aidants, sa visibilité auprès de la société, la multiplication des actions, l’impact médiatique, tout cela va dans le sens d’une meilleure connaissance et reconnaissance des aidants. C’est devenu un moment fort de l’année pour mettre en avant les aidants et cela médiatise beaucoup le sujet. L’unité d’un collectif portant une même voix et un message commun est très importante dans une mobilisation comme celle-ci.
Près de 60% des aidants ne savent pas où s’adresser pour bénéficier des aides auxquelles ils ont droit. Comment expliquez-vous ce chiffre ?
D’un point de vue aidant, on ne sait pas où s’adresser car le moment où on devient aidant et le moment où on se reconnaît comme tel ne coïncident pas, la plupart du temps. C’est bien souvent des années après être devenu aidant qu’on se reconnaît aidant.
Quand dans cette période de latence, on ne sait pas comment chercher, à quoi on a droit, on fait tout tout seul et on s’épuise…
La perte d’autonomie d’un proche est en plus un sujet dont on ne parle pas en dehors de la famille, car ce sujet est tabou. On craint la stigmatisation de la part de l’entreprise, de la société, et on finit par se renfermer.
Autre point à considérer : la transmission des bonnes informations. Cette transmission est “fouillie”, beaucoup d’acteurs communiquent sur l’accompagnement des aidants, il y a tellement d’interlocuteurs (mutuelles, protection sociale, associations, collectivités, etc…) qu’on se demande à qui s’adresser ! Cela favorise l’opacité. Et les manières de communiquer des transmetteurs sont un élément clé. On sent souvent dans les messages transmis toute la lourdeur du poids administratif qui pèse sur l’individu et qui décourage. La porte d’entrée, au final, pourrait être la JNA, peut être, pour flécher clairement les aides dans l’opacité actuelle.