[Ils s’engagent] Guy Alboussière, Président de Avec nos Proches

Guy Alboussière est un ancien aidant. Tout en continuant activement l’écoute au téléphone et en étant délégué régional en Picardie pour Avec nos Proches, il s’est engagé comme Trésorier puis comme Président depuis juin. 

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre parcours ?

J’ai été aidant de mon épouse qui souffrait d’insuffisance respiratoire très grave. Je l’ai accompagnée pendant plus de 6 ans. Les 3 dernières années ont été très difficiles pour elle comme pour moi car son état nécessitait des soins toutes les 2 heures que j’effectuais moi-même. C’était pour moi totalement épuisant. Je ne savais pas à l’époque ce que c’était que d’être aidant, je ne savais même pas que l’on pouvait bénéficier d’aides. On devient aidant sans le savoir. Elle est décédée en 2014. J’ai rejoint l’association Avec nos Proches (ANP) l’année suivante car je voulais aider les personnes qui se retrouvaient dans la même situation que j’avais vécu au préalable. J’ai trouvé la démarche d’ANP très intéressante, car ce sont d’ancien·ne·s  aidant·e·s qui répondent au téléphone.

En quoi consiste votre mission d’écoutant ?

Les aidant·e·s qui appellent le font parce qu’elles·ils ont une question précise à poser, elles·ils ne savent pas du tout à qui et où s’adresser. Elles·Ils ont un prétexte pour téléphoner. Mais lorsqu’on discute avec elles·eux et lorsque je leur explique mon expérience, j’entends un changement dans leur voix, elles·ils réalisent qu’elles·ils n’ont pas au bout du fil un·e professionnel·le mais une personne qui a vécu la même chose qu’elles·eux. Quelle que soit la pathologie du proche qu’elles·ils accompagnent, il y a le même sentiment de difficulté à trouver des solutions, de culpabilité aussi.

aidantMa principale mission est d’abord une mission d’écoute des aidant·e·s puis ensuite une mission d’orientation. En règle générale, les aidant·e·s  appellent car ils sont en situation d’épuisement psychologique.
Je commence par leur parler d’elles·eux-mêmes, ensuite je leur suggère des pistes pour aller voir tel groupe de parole ou telle plateforme de répit. Les aidant·e·s ont énormément besoin d’écoute. Quand j’étais aidant, ce qui m’a aidé c’est de participer à un groupe de parole. Pouvoir exprimer son mal-être c’est un besoin immense. Plus le temps passe, plus l’aidant se referme sur lui-même. C’est très difficile de trouver à qui parler.

Et votre mission de délégué régional ?

avec nos prochesMon travail en tant que délégué régional sur la région Picardie a consisté tout d’abord à identifier les structures locales, à recenser tout ce qui existait comme aides pour les aidant·e·s sur la région. Ma mission est à présent d’aller voir toutes les structures locales, de participer aux forums et à différentes réunions pour faire connaître l’Association mais aussi pour apporter une aide plus précise aux aidant·e·s qui m’appellent, par exemple les informer sur la plateforme de répit la plus proche de chez eux.
L’énorme difficulté en France est que chaque département est organisé différemment, un des 3 département de la région Picardie ne possède pas de CLIC (Centres locaux d’information et de coordination) par exemple. Je me suis rendu compte en participant aux différentes réunions, que les structures ne se connaissaient pas entre elles, elles ne sont donc pas en mesure d’orienter un aidant vers la structure qui pourrait lui apporter l’aide spécifique dont il a besoin. Il n’y pas de coordination, les MAIA (Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades d’Alzheimer) commencent ce travail, c’est un bon début.

Quelle importance accordez-vous à cette mobilisation de la JNA ?

Cela fait 4 ans que je participe à la Journée Nationale des Aidants. J’ai l’impression qu’au fil des années, la notion d’aidant·e·s rentre dans les mœurs. Cette journée permet de faire connaître les aidant·e·s et les difficultés auxquelles elles·ils sont confronté·es. Se reconnaître aidant·e prend beaucoup de temps. L’entourage a l’impression que c’est facile, qu’il y a plein d’aides. Malheureusement il y a des aides pour certaines pathologies mais pas pour d’autres. Je trouve bien que cette journée ne soit pas liée à une maladie en particulier. Les aidant·e·s qui accompagnent un proche le font pour des pathologies bien diverses et de tous âges.
L’association Avec Nos Proches est membre du Conseil d’Administration du collectif Je t’Aide.